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Interview d’un rédacteur web freelance malgache

D’autres conseils sur les techniques de rédaction web

Le mois dernier, Rado, un rédacteur web de 27 ans rejoignait les rangs de WEBTOO après avoir quitté la société il y a deux ans.

Il a gentiment accepté de nous accorder une interview dans laquelle il nous a expliqué les motifs de son départ, son parcours depuis lors et les raisons qui l’ont conduit à postuler de nouveau chez nous.

WEBTOO : Bonjour Rado. Nous sommes ravis de t’avoir à nouveau parmi nous. Pourrais-tu nous donner les raisons qui t’ont poussé à démissionner il y deux ans alors que tu y avais un poste en contrat à durée indéterminée chez nous ?

Rado : D’abord, merci de m’avoir donné une seconde chance, car depuis que j’ai quitté WEBTOO, j’ai souvent eu du mal à trouver du travail ou des clients.

WEBTOO : Des clients ? Tu veux dire que tu as travaillé en tant qu’indépendant freelance ?

Rado : Effectivement. D’ailleurs, c’est pour me mettre à mon compte que j’ai quitté WEBTOO. Je pensais que je pouvais gagner davantage d’argent en étant mon propre patron et en proposant mes services en freelance à des clients étrangers.

WEBTOO : Comment cela c’est-il passé au début ?

Rado : Tout allait pour le mieux, car j’ai rapidement trouvé des clients en envoyant mon CV à des agences locales et en surfant sur les réseaux sociaux professionnels.

Cependant, après quelques mois d’activité, j’ai vite déchanté, car on me proposait des missions toujours moins bien payées, m’expliquant que les clients en France négociaient très fortement les prix

Je me suis donc concentré sur la recherche de clients à l’étranger, car même en proposant un tarif plus élevé qu’en local, mes prestations restaient peu chères pour la France. J’avais donc une meilleure probabilité de mieux gagner ma vie.

J’ai trouvé un client étranger, puis deux, puis trois et j’ai rédigé plusieurs articles pour chacun d’entre eux pendant 3 ou 4 mois. Puis plus rien, ils ont tous arrêté de me commander des textes, car ils voulaient absolument que je leur fournisse des factures.

WEBTOO : Tu veux dire que tu travaillais illégalement ?

Rado : Illégal est un grand mot, car tout le monde travaille au noir à Madagascar, la majorité des freelances en tout cas. Le pays est une île très pauvre où personne ne culpabilise à l’idée d’exploiter les autres. C’est souvent de l’esclavagisme moderne dans tous les secteurs, parfois aussi dans certaines agences de rédaction à Madagascar.

Je n’avais pas les moyens d’ouvrir ni de gérer une société, encore moins de payer des impôts

WEBTOO : Qu’as-tu fait quand tes principaux clients ont arrêté de te commander des articles ?

Rado : Evidement j’en ai cherché d’autres, mais je me suis aperçu que j’avais eu beaucoup de chances d’en avoir trouvé la première fois que j’ai cherché, car pour cette fois, je n’en trouvais plus.

Il y a 2 ans, on était 40 freelance sur le marché. Maintenant, on est 400 à se faire une concurrence effrénée

J’ai donc décidé d’arrêter mon activité d’indépendant pour chercher un emploi salarié dans une agence de Tananarive. Je savais bien que je pouvais gagner plus en restant freelance, mais mes revenus étaient trop irréguliers.

Parfois, je gagnais très bien ma vie (pour Madagascar), parfois rien du tout. Au final, quand je cumulais mes revenus sur 12 mois, les bons et et les mauvais, je gagnais moins qu’en étant salarié chez WEBTOO.

Par contre, grâce à mon expérience et à la formation chez WEBTOO, j’ai trouvé un poste assez rapidement, mais on ne m’a pas donné de contrat de travail.

WEBTOO : Pourquoi ?

Rado : On m’a expliqué que pendant les trois premiers mois d’essais, cela ne servait à rien de faire un contrat. Mais après huit mois de travail, alors que je n’avais toujours pas de contrat, je me suis fait renvoyer sans explication.

J’ai donc été obligé de reprendre mon activité freelance et je me suis mis à chercher des clients à l’étranger une nouvelle fois.

WEBTOO : Et tu en as trouvé ?

Rado : J’ai de nouveau eu de la chance en trouvant un client soucieux des conditions dans lesquelles je travaillais. Il m’expliquait qu’il se refusait de payer des articles à des prix dérisoires.

Mon offre tarifaire était incohérente selon lui et il me proposa de meilleurs tarifs.

Mais après deux semaines de travail, il mit fin à notre collaboration et eut la gentillesse de m’expliquer pourquoi

WEBTOO : Quelle était la raison de cette rupture de contrat ?

Rado : En vérité, il m’a expliqué que je n’avais pas un niveau de français suffisant. Je suis bon en orthographe et en grammaire, mais comme j’ai grandi sur l’île rouge, disons que j’ai une façon bien à moi d’exprimer les choses. D’ailleurs, je ne suis pas le seul dans ce cas : Les Bretons, les marocains, les malgaches, les basques, etc. ont tous des « expressions locales ».

Mais quand on rédige des textes pour l’internet, il faut les enlever et rédiger en français littéraire

C’est à ce moment que, contrairement à ce que je pensais, j’ai compris que la qualité que recherchaient les clients français n’avait rien à voir avec celle que je leur proposais. J’étais pourtant convaincu de mes compétences.

C’est comme pour les centres d’appel au Maroc, il faut être conseillé par des « français langue maternelle » pour proposer des services qui correspondent exactement aux besoin des entreprises françaises. Et un freelance travaille seul, sans aucun conseil de ce type.

J‘ai quand même continué à chercher d’autres clients, sans succès à cause de la concurrence locale.

Je décidais alors de  postuler (encore) auprès d’une agence de Tananarive. Mais cette fois, c’est moi qui suis parti avant la fin de ma période d’essai.

WEBTOO : Pourquoi es-tu parti si vite ?

Rado : Le salaire était dérisoire, les conditions de travail exécrables et dès le premier mois, ils m’ont payé mon salaire avec quinze jours de retard. Il en fut ainsi le deuxième mois, alors j’ai démissionné.

Persuadé que WEBTOO ne me reprendrait pas, j’ai alterné entre missions freelances et travail en interne dans des agences locales.

WEBTOO : Tu dis qu’un de tes clients t’a mis face à l’évidence que tu manquais de compétences. Pourquoi, à ton avis, nous t’avons quand même repris ?

Rado : Parce que mon niveau en orthographe et grammaire est plutôt bon je pense. Et puis, force est de constater que le processus qualité de WEBTOO est bien rodé et qu’il tient compte des différences culturelles.

Je comprends aujourd’hui que tout le problème vient de la culture et de l’apprentissage du français à l’école.

Pour répondre clairement à la question : Si je suis là aujourd’hui, c’est évidemment parce que je suis un bon rédacteur web freelance. Et ce même si j’ai eu des problèmes avec des clients qui me reprochaient de manquer de compétences. Il s’agissait en fait d’un problème culturel et d’organisation et pas d’un problème de niveau de gramme ou d’orthographe en français.

Si je suis capable d’écrire des centaines de textes sans fautes d’orthographe, c’est ma phraséologie qui est problématique, puisqu’elle est imprégnée de ma langue maternelle, le malgache.

WEBTOO : Pourtant, tu as fait 4 ans d’études dans des établissements français à Tananarive. Comment ta langue maternelle influe sur ta manière de faire des phrases ?

Rado : Dans la langue malgache, on utilise très peu de conjonctions de coordination, de déterminants, etc.

Il n’y a pas de règles spécifiques comme en français pour distinguer le féminin du masculin ou le singulier du pluriel. Dans une phrase, le sujet est souvent placé à la fin, etc.

Toutes ces petites différences m’induisent en erreur quand j’écris une phrase en français. C’est en tout cas le constat que j’ai fait.

WEBTOO : Tu parles de notre processus qualité et de la gestion des différences culturelles. Pourquoi est-ce si important à ton avis ?

Rado : Quand j’ai commencé le métier, je percevais l’omniprésence des managers et contrôleurs qualité français comme une insulte à l’intelligence des Malgaches.

Aujourd’hui, je relativise car je sais que je suis compétent, mais qu’il y aura toujours des différences culturelles. Ma façon de formuler les choses n’est pas toujours adéquate, c’est une vérité. Et comme les clients sont en France, c’est à nous de nous adapter pour rédiger comme le client le souhaite, ce n’est pas au client de changer.

Alors, je demande conseil à mon formateur qui m’explique le pourquoi du comment, c’est plus efficace et ça va plus vite

Chez WEBTOO il y a toujours quelqu’un pour m’aider dans mon travail, me conseiller et m’apprendre de nouvelles choses. Je deviens chaque jour meilleur, car la formation est permanente.

De plus,  je n’ai plus à trouver mes clients, j’ai donc davantage de temps à consacrer à mes articles, ce qui me permet de réfléchir davantage à ma phraséologie.

WEBTOO : Selon toi, quelle est la différence entre une agence bien structurée et un freelance pour un client français ?

Rado : La qualité des textes d’abord, car dans une agence, l’encadrement par des français permet de fournir un travail aux normes de qualité françaises.

Il y a ensuite un processus complet de documentation, de rédaction, de correction, de validation, de gestion de projet, de formation qui permet de produire une valeur ajoutée que je ne serais pas en mesure de produire seul si j’étais encore indépendant.

Sans passer sous les yeux d’un formateur français, mes textes ne seraient pas assez bons et ne seraient pas aux normes de la demande des clients en France. Mais avec un bon processus de contrôle et de formation continue, force est de constater que le résultat final est excellent.

Tout ça ne veut pas dire que je suis mauvais et incompétent, mais simplement qu’il y a un pont à franchir entre la qualité aux normes françaises et la qualité telle que je la concevais autrefois.

Ensuite, il y a la question des moyens techniques

Ici, je travaille sur un ordinateur moderne et rapide. Si j’ai un problème, un technicien le règle rapidement. De plus, WEBTOO  investi tous les mois dans une bande passante internet correcte pour le pays. Les onduleurs règlent une partie des délestages électriques. Je ne suis donc pas trop souvent bloqué dans mon travail. Et même s’il y a un problème qui m’empêche de travailler, je suis quand même payé.

Pour un client français, la réactivité est un point essentiel. Or, un rédacteur freelance ne peut pas être aussi réactif qu’une agence de rédaction. Chez WEBTOO, on travaille en groupe. La priorité est de livrer le client aux dates promises avec la qualité promise et ça fonctionne plutôt bien.

WEBTOO : Pour conclure, envisages-tu de redevenir un jour indépendant ?

Rado : Non, car c’est trop difficile de trouver des clients et de fournir un travail qui réponde aux normes de qualité française.

Pour être indépendant et bien gagner ma vie, il faudrait que je m’entoure de correcteurs et formateurs français. C’est inenvisageable, car trop compliqué pour moi et beaucoup trop coûteux.

Je ne veux plus avoir les yeux plus gros que le ventre. Surtout que maintenant, j’ai un bon poste, un bon salaire et de bonnes conditions de travail.

Beaucoup de Malgaches ne peuvent pas en dire autant : Chez WEBTOO, je gagne plus que le manager d’une entreprise malgache ou qu’un professeur

J’y suis, j’y reste et merci encore de m’avoir repris.